lundi 28 novembre 2011

Molecular music : real time complex electro acoustic sounds in motion

       Inventé par Richard Scott du groupe Grutronic , le terme molecular music décrit subjectivement et simplement une manière complexe et approfondie d'envisager la musique électronique, l'électro-acoustique, live signal processing etc... à travers l'improvisation et la composition. Sont rassemblés ici des textes publiés par le magazine Improjazz et qui tentent de décrire un territoire aux contours passionnants. Ces musiques ne sont pas construites en studio, mais entièrement improvisées et/ou réalisées en temps réel sans aucun overdubbing ni transformation à posteriori. Elles doivent plus à l'imagination et au talent des protagonistes qu'aux récents développements technologiques que ces artistes transcendent au point qu'avec des écoutes successives, on en oublie l'aspect technique, emporté par les mouvements secrets et imprévisibles qui les animent.   Richard Barrett & Paul Obermayer du duo Furt, Lawrence Casserley, Walter Prati, Bill Vecchi, Joel Ryan, Grutronic, soit Richard Scott, Stephen Grew, Nick Grew et David Ross et aussi Ulli Böttcher sont représentatifs d'une tendance multiforme qu'on retrouve au sein de l'Electro-Acoustic Ensemble d'Evan Parker. Lui-même a tenu à produire tous ces albums sur son label Psi avec une belle constance.  Le label ECM a publié cinq cédés de l'EAE.     Jean Michel Van Schouwburg 

Sense FURT Richard Barrett & Paul Obermayer Psi 09.08 http://furtlogic.com/

Pour quiconque s’intéresse à la musique contemporaine électronique au sens large depuis les recherches des années 50 jusqu’au sampling et à MaxMSP à la portée de tous, de Klaus Schulze à Sun Ra, des tentatives de Paul Bley au moog (en première mondiale) au succès des artistes Mego etc…. etc…. il est inconcevable qu’aujourd’hui on ne considère pas sérieusement la musique du duo FURT. Richard Barrett et Paul Obermayer sont de brillants compositeurs contemporains aventureux conquis dès leur plus jeune âge à la cause de l’improvisation radicale libre … et collective. Leur duo FURT joue une musique unifiée comme si elle était faite par un seul homme. Impossible de distinguer qui fait quoi, Richard de Paul. Véritablement improvisée collectivement, elle est animée par un sens du rythme fabuleux et, dans le cas de la composition Uranus qui couvre 46 minutes de Sense en se découpant en 12 Limen (de I à XII), par une gamme ludique d’échantillonnages articulés comme un ballet incessant de marionnettes délirantes. La musique d’Uranus, réalisée en studio, est très imagée et en appellera à l’imagination d’un public qui dépasse largement la scène relativement exiguë de l’impro radicale. La lisibilité et la complexité de l’œuvre sont absolument ahurissantes tout comme l’absence de prétention des protagonistes et leur sens de l’humour (certains y trouveront un côté amusant et ce n’est pas plus mal). Et la multiplicité des lignes  rythmiques est absolument unique !!!  Des voix de chanteuse, des instruments déformés, des phonèmes et cet orgue gargantuesque des deux premières minutes du final (Limen XII) qui abouti à des effets d’orgue de barbarie accompagnant un Holiday on Ice imaginaire. Délirant !!  Si Barrett et Obermayer avaient un pedigree rock, on appellerait cela du post-rock. Si ces deux artistes avaient une notoriété comme celles d’Eno, de David Toop ou de Rioji Ikeda, on crierait au génie. La deuxième composition, curtains, est dédiée à Karlheinz Stockhausen et enregistrée en concert à l’université de Cork en Irlande. Elle offre un autre aspect de leur talent et est aussi dense et détaillée qu’en studio. Se collisionnent une variété infinie de claviers et des souffleries qui évoquent un trombone ou un orgue explosés. Cela évolue vers un véritable feu d’artifice. Densité et complexité avec une articulation démentielle. Par rapport à Dead/ Live et Omnium, leurs deux premiers cédés pour Psi, Uranus et curtains sont un départ vers une nouvelle dimension qui est susceptible de rendre leur musique plus populaire. On imagine un Jacques Tati ou un Charlie Chaplin utilisant cette musique pour leurs films s’ils avaient été nos contemporains. Evidemment, l’efficacité se double ici d’un sens des nuances peu commun et de compétences dans la composition nettement supérieures à celles de nombreux artistes qui officient dans des univers proches.  Oublions les catégories et plongeons-nous tous ensemble dans l’univers de FURT. Absolument unique.



Integument  Lawrence Casserley -  Adam Linson Psi   http://www.chiltern.demon.co.uk/

Dans cette époque où beaucoup se veulent post moderne et d’autres branchés, la scène des musiques alternatives est envahie par  une quantité de propositions esthétiques / démarches électroniques parmi lesquelles certaines laissent perplexes. Un ordinateur portable, une carte son, une mixette, un ampli (de guitare ?) et le tour est joué. Lawrence Casserley a consacré toute son existence au développement de la musique électronique et plus précisément au Real Time Live Signal Processing.  Il a mis au point son propre système  de traitement du son des instruments en direct qui tire profit d’une expérience considérable. A l’écoute des différents projets auxquels il participe, il faut bien avouer qu’il est difficile de se faire une idée exacte de son champ d’action et de son potentiel  sans suivre notre homme à la trace. Live aux Instants Chavirés chez Leo /1997 avec Noël Akchoté, Evan Parker et Joël Ryan était une excellente carte de visite. Mais depuis cette époque, Casserley a multiplié les collaborations et chacune d’entre elles révèle une nouvelle dimension interactive (avec Barry Guy & Evan Parker, Charlotte Hug, Jeffrey Morgan, Gianni Mimmo etc…). Adam Linson est un excellent contrebassiste qui a développé un travail avec l’électronique et l’échantillonnage. Il a joué avec l’Electro-Acoustic Ensemble d’Evan Parker dont Casserley est un membre actif depuis des années. Son coup d’archet est remarquable. Il concentre ici son jeu sur les variations très subtiles de pression sur les cordes et le crin. Integument nous entraîne dans une singulière mise en commun de l’instant, des possibilités expressives de la contrebasse et des multiples métamorphoses via l’électro-acoustique. Lawrence Casserley utilise la source sonore de la contrebasse de son collaborateur en direct, en échantillonnant et avec un savant dosage des retards (lire delay) qu’il manipule via la surface d'i-Pads. Ses mains impriment des mouvements secrets sur la surface des écrans et ses pieds actionnent un assortiment de pédales alors qu’il contrôle les écrans de ses Mac  portables. De temps à autres ses machines projettent une improvisation « virtuelle » qui évoque distinctement une vision surréelle des échanges précédents. Casserley et Linson transforment le temps et l’espace et plusieurs écoutes successives n’en altèrent le rayonnement multidimensionnel. Fascinant.

Contraption  Bark !  (Rex Casswell Phillip Marks Paul Obermayer) psi 07.03
OMNIVM    furt   (Richard Barrett et Paul Obermayer) psi 06.09   http://furtlogic.com/

L’extrême cohésion rythmique et sonore de la plage 1, Polaris, évoque un Brésil de machines et de scories électro pulsée par un batteur aussi elliptique que discret, Phillip Marks. La guitare de Rex Casswell et les échantillonnages de Paul Obermayer s’interpénètrent faisant corps avec les rythmes esquissés et implicites du batteur au point que l’auditeur se demande : qui joue quoi ? Et conclut : mais c’est dans le rythme. Ayant apprécié leur prestation mémorable du festival Freedom of The City 2001 où ils avaient été invités par Eddie Prévost, je suis encore plus ravi par cette Contraption. Ce que le trio perd en énergie brute par rapport à ce concert est largement compensé par la fluidité et la subtilité de la musique enregistrée ici. Je n’ai pas écouté le précédent cédé de Bark ! paru chez Matchless, le label d’Eddie Prévost. Pour les amateurs de post-rock, d’électro-improv et autre sub-catégorie, cet enregistrement marquera plusieurs de ces territoires d’une pierre blanche. Et il tranchera avec la grisaille ambiante. Je peux vous assurer que les responsables de Psi ont eu la main heureuse.  Paul Obermayer collabore avec Richard Barett depuis 1988 au sein de Furt.  Leur récent Omnivm (Psi 06.09) est une des meilleures parutions récentes dans le domaine des musiques électroniques live. Les duettistes sont crédités live electronics et l’auditeur sera surpris par l’extraordinaire variété de sons, de textures, de timbres et leur agencement que ce terme live electronics recouvre. Le contraste entre certains échantillons sonores (percussions, cithare, piano, voix, radios) et le grouillement rythmique qui leur donnent une autre vie. La présence d’une mbira (ou sanza) « géante » au début d’Obliged est saisissante. Il est d’ailleurs impossible de distinguer Barett ou Obermayer dans ce continuum sonore et rythmique. Car force est de souligner l’excellence rythmicienne des deux compères en temps réel et leur connivence incomparable . A mon humble avis, nous tenons là deux chefs-d’œuvre, faits pour être écoutés avec passion et avidité par dessus les catégories et la documentabilia. D’ailleurs, j’interromps cette chronique pour me replonger dans leur écoute : le temps est trop précieux et c’est bien une qualité première de Contraption et d’Omnium que de nous en faire partager l’urgence et l’évidence.



SET Evan Parker avec Barry Guy, Paul Lytton, Marco Vecchi, Walter Prati, Lawrence Casserley, Richard Barrett & Paul Obermayer Psi   http://evanparker.com/ 


Enregistré en 2003, ce concert, commandé par la SWR à Evan Parker pour les Donaueschinger Musiktage, rassemble le trio du saxophoniste avec Barry Guy et Paul Lytton et les improvisateurs électroniques Marco Vecchi, Walter Prati, Lawrence Casserley, Richard Barrett et Paul Obermayer. Pour le duo Furt (Barrett et Obermayer), c’est leur première collaboration avec Parker et des membres de son Electroacoustic Ensemble. Pourquoi rassembler autant de musiciens électroniques, alors que jouer avec un seul d’entre eux  est déjà une chose suffisamment complexe en soi ? On pense à Lawrence Casserley. Le duo Furt est déjà un orchestre à lui seul. En fait, la réponse se trouve dans l’évolution du trio Parker / Guy / Lytton et de l’Evan Parker Electroacoustic Ensemble. Au travers des nouvelles technologies, on en revient aux premières heures de la scène improvisée londonienne et son utopie collective. Comme il s’agit d’une commande à son nom propre et sous son entière responsabilité, ces enregistrement sont intitulés au nom de Parker, même si le groupe est une version de l’EAE sans Phil Wachsmann, Agusti Fernandez et Joël Ryan. Le concert est dédié à Lynn Margulis, auteur de la Serial Endosymbiosis Theory (SET) et icône de la science biologique évolutive. Son travail a montré les similitudes structurelles entre les cellules des plantes et celles des bactéries. Evan Parker, doit-on le répéter, avait abandonné des études de biologie pour se consacrer à la musique. SET nous fait entendre des relations véritablement organiques entre la musique électroacoustique et l’improvisation musicale instrumentale. Une pièce électronique de cinq minutes (SET part 1 intro - studio) nous met en appétit auditif pour ce véritable chef-d’œuvre réalisé en concert. Dès la première seconde, on entend vrombir les tympani par frottement sur les peaux au moyen de mailloches en caoutchouc. Ce timbre s’immisce rapidement dans le tissu sonore électronique. Les nuances de l’introduction nous font profiter du travail de chacun des électroniciens sans qu’on devine lequel. Vraiment remarquable. S’ouvrant par une improvisation du trio sax ténor / contrebasse / percussions de quelques minutes, SET part 2 est un univers en mouvement perpétuel doté d’une architecture originale. Le ténor se détache du trio et s’évanouit presque dans les sons bruités ou « instrumentaux » des cinq électroniciens. Des bribes éclatées du trio se mêlent aux sons des instrumentistes.  Plusieurs sections mettent en évidence des séquences électroniques inouïes où chaque instrument est successivement aux prises avec l’inventivité des Casserley, Vecchi, Prati et Furt. J’écris Furt, car Barrett et Obermayer sont absolument indissociables dans leur musique : ils jouent ensemble depuis 23 ans comme un seul homme. Ici, le duo a fait le plein d’échantillons du trio Parker/ Guy/ Lytton. L’ensemble est étonnamment lisible et aéré malgré le nombre des participants. Marco Vecchi s’occupe exclusivement de la projection du son et son travail est essentiel. Entre les 22ème et 26ème minutes, ils multiplient les contrepoints autour du solo en frag -mentations de Parker au soprano. Cela débouche sur une atmosphère mystérieuse en demi-teintes et tout en souffleries, avec de longs mouvements amples qui mettent en évidence les détails des échantillonnages et des métamorphoses du son. La percussion de Paul Lytton s’intègre dans les rebondissements électro-acoustiques au point qu’elle semble générée par la machinerie. C’est à ce moment-là que le sax ténor et la contrebasse reviennent au premier plan pour relancer et puis clôturer ce voyage de 39 : 55 minutes. Notez qu’il était sans doute prévu de jouer 40 minutes, durée que les improvisateurs en action sont capables de mesurer in vivo sans horloge. SET part 3 nous offre encore une pièce électroacoustique remarquable.


Rot / Roh Ulli Boettcher – Martin Klapper  NurNichtNur  107 07 27
Schnack 3 Paul Hubweber – Ulli Boettcher NurNichtNur / Berlston 108 03 31 http://www.paulhubweber.com/




Il faut qu’on le dise : Ulli Boettcher est un des hommes à suivre de « l’électronique qui traite les sons acoustiques d’un improvisateur en temps réel » ou de l’electro acoustic impro (EAI). Tout comme  le duo Furt  de Paul Obermayer et de Richard Barrett, la complexité et une passionnante dimension rythmique sont sa marque de fabrique, Böttcher étant aussi un véritable percussionniste. Son matériel dérive du logiciel LISA mis au point au STEIM d’Amsterdam, l’institution dirigée par feu Michel Waiszwicz, tragiquement disparu cette année. Dans Rot/Roh, il fait corps avec l’attirail improbable de Martin Klapper, un cinéaste tchèque installé à Copenhague. Crédité jouets et objets amplifiés, Martin Klapper a un côté farce et attrapes réjouissant qui donne à la musique une approche fortement ludique. Les échantillonnages sont parfois humoristiques et les jouets… ! Dictaphones, thérémin, instruments électroniques (et samples) bon marché et devenus obsolètes etc… dont il transcende le côté fruste avec un réel sens de la dynamique et de l’à propos. Quinze pièces réparties avec 59 points digitaux et qu’on peut écouter en aléatoire, comme le suggèrent les artistes en passant d’une des 59 plages à n’importe quelle autre. La musique s’enchaîne de façon parfois surprenante, multipliant ainsi les possibilités de lecture. On ne s’ennuie pas un seul instant tout en se demandant souvent qui joue quoi. Avec Schnack !, Boettcher fait un fantastique tandem avec le tromboniste maison de NurNichtNur, Paul Hubweber. Enregistré au Steim en avril 2007, Schnack 3 se découpe dans une suite de 20 pièces concises et courtes d’une phénoménale diversité. Par rapport à leur précédent vinyle Schnack ! (aufabwegen/anthopometrics 2005), les champs sonores de chacun s’imbriquent autrement et se complètent toujours avec une créativité très imaginative. Leurs modes de jeux déjà sophistiqués et complexes y sont renouvelés. Pas de longues envolées, mais une précision infernale. Cela fourmille de détails, de questions-réponses abruptes et de clin d’œil improbables. Quand Boettcher échantillonne directement le trombone, c’est un vrai régal. Mais Hubweber mime le trombone trafiqué à la perfection pour notre plus grande confusion.  Ces deux – là ont un sens de la forme exceptionnel qui marie l’aspect compositionnel et le goût de l’improvisation la plus vive. On réécoute ce cédé une dizaine de fois pour en découvrir toute la substance : un sommet dans le genre. Ce duo a invité Michel Waiszwicz en personne pour plusieurs concerts avant que celui-ci soit emporté par la maladie. C’est dire la consistance de leur démarche. Paul Hubweber est bien un tromboniste improvisateur majeur et dans le subtil, un maître à jouer unique en son genre. Il transcende le rutherfordisme et le malfattisme avec génie. Schnack ! est un groupe de tout premier plan.  Deux cédés hautement recommandables et qui démontrent le rôle de premier plan de NurNichtNur en Allemagne. Le nombre de pièces à convictions de la plus haute qualité publiées par le label de Kleve et son parti pris de découverte de talents exceptionnels qu’on peine à voir ailleurs en font des 3 N la marque allemande à suivre. 


GRUTRONIC Essex Foam Party Psi 2009



GRUTRONIC +  Evan Parker Together in Zero Space Psi 2011

Grutronic est un groupe d'improvisation électronique établi en Grande - Bretagne et composé de Stephen Grew, ici aux claviers électroniques et processing, de Richard Scott, crédité "buchla lighting", kaoss pads, synthé analogique, sampler, Nick Grew, transduction et processing, et David Ross au drosscillator. Le label Psi d'Evan Parker sort coup sur coup leurs deux enregistrements, Essex Foam Party, où interviennent parfois le vibraphoniste Orphy Robinson et l'électronicien Paul Obermayer, et Together in Zero Space, avec Evan Parker en invité. Les notes de Richard Scott revendiquent l'héritage du Spontaneous Music Ensemble de John Stevens, légende que Scott a bien connu et interviewé il y a 25 ans. Au-delà de cette lignée assumée, il évoque l'appartenance de Grutronic à une tendance électronique "dure" vouée à l'improvisation radicale et à la complexité auxquels se rattachent les groupes frères Furt (Richard Barrett et Paul Obermayer), Bark! (Obermayer, Phil Marks et Rex Casswell) et la nébuleuse Electro Acoustic Ensemble d'Evan Parker. Scott qualifie cette approche de "moléculaire",  en relation avec des modes de jeux d'un nouvel âge et qui étendent la syntaxe de l'impro libre avec des paramètres peu usités et des innovations / solutions originales qui transcendent les nouvelles technologies. Personnellement, je pense à Lunge et à Super Model Super Model, deux groupes réunis par la tromboniste Gail Brand avec Pat Thomas ou Gino Robair (label Emanem). Une fois tracés ces liens quasi-familiaux, on s'aperçoit dès les la première écoute que les musiciens de Grutronic ont construit un univers original immédiatement reconnaissable qui se distingue franchement des autres groupes précités oar les sons et les formes créées dans le vif de l'improvisation. Oubliés les lap-top austères de l'EAI tendance, on traverse ici un univers bruissant, coloré, polyphonique, plein de contrastes et de rebondissements imprévisibles. Musique spacieuse et aérée, à l'opposé du tourbillon dense et tendu  de Furt ou des rafales claudicantes de Bark! Joyeusement ludiques, sa lisibilité
 et son dynamisme éclairent les détails infimes du travail sonore. Accélérations, mues, glissements, textures évolutives, pulsations, leur répertoire est vaste. Essex Foam Party s'accroche épisodiquement à des beats distendus, alors que Together in Zero Space, comme son titre l'indique scrute les failles du continuum espace -temps. Pas d'overdub : tout a été enregistré en concert depuis 2006. Chaque musicien contribue au son collectif sans qu'il soit possible de discerner l'apport individuel et deviner les gestes des instrumentistes. Tous les quatre ont une solide expérience instrumentale acoustique. Simon Grew est un pianiste qui compte, ayant enregistré un quartet de pianos avec Howard Riley, Keith Tippett et Pat Thomas. Pour un musicien aussi demandé et incontournable qu'Evan Parker, il est tout-à-fait remarquable que son label Psi consacre autant de cédés à cette école "moléculaire", alors que ces musiciens figurent rarement dans des événements majeurs (1). Il faut se rendre à l'évidence. Le saxophoniste, figure quasi (grand-) paternelle, véritable Santa Claus de l'improvisation libre, est resté un indécrottable utopiste qui ne lésine pas pour soutenir indéfectiblement des artistes brillants, trop méconnus. Souvent, les véritables innovateurs n'enfoncent pas des portes déjà largement ouvertes par d'autres et doivent s'imposer malgré l'indifférence. Evan Parker pourrait se contenter de faire des ronds de jambe avec des artistes archi-reconnus et pipeuliser son label. Cherchez Simon et Nick Grew, Richard Scott ou David Dross aux programmes des festivals qui comptent, vous aurez bien du mal. Pourtant leur cohérence et leur entente parfaite produisent des moments superbes, surtout durant les deux longues improvisations de concert de Together in Zero Space. Evan Parker s'y inscrit parfaitement dans les espaces ouverts avec son soprano comme cinquième membre du groupe, plutôt que comme soliste invité. Il nous fait entendre l'atomisation de la phrase musicale et cette articulation démentielle qui alterne bruitages, sons effilés, doigtés impossibles, harmoniques, coups de bec et accélérations vertiginieuses du souffle. La musique de Grutronic évoque réellement cette approche dite moléculaire : notre imagination visionne ces dessins multidimensionnels qui représentent l'infinitésimale architecture des particules de la vie. Une musique palpitante et trop rare. Ces deux albums  sont, malgré l'absence de notoriété des protagonistes de Grutronic, une affaire à suivre dans l'univers des musiques électroniques au-delà des modes.  
 J-M Van Schouwburg   http://soundcloud.com/jean-michelvanschouwburg

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